Souvenir d'enfance

Texte écrit dans le cadre d'un concours d'écriture.

Souvenir d'enfance

Il était presque huit heures. Un doux rayon de soleil vint me chatouiller le nez. L'air chaud empli des odeurs de Provence pénétrait dans ma chambre par la fenêtre ouverte. J'ouvris les yeux sur le décor d'une chambre meublée en olivier massif. La fatigue du voyage suivie d'un sommeil de plomb m'avaient fait oublier que j'étais en vacances au Mas des Cigales chez ma chère Emérence que j'appelais tout au fond de moi "ma troisième grand-mère". Nous étions arrivés la veille. Mes parents et mon frère logeaient dans la bergerie de Madeline, la fille d'Emérence, tandis que je dormais chez la vieille dame au cas où elle ferait un malaise, afin que je puisse apeler les secours.

Rapidement j'enfilai un short et un T-shirt ainsi que mes espadrilles à semelles de corde, avant de passer à la salle de bains. Emérence était en train de se lever. Je voulais mettre la table du petit déjeuner avant qu'elle ne descende. Vite! Allumer le percolateur pour que le café coule pendant que j'allais vérifier si le boulanger avait bien déposé le pain sur la table en bois de la terrasse. Oui. Le pain était bien là, comme d'habitude : une baguette croustillante, un pain épi et quatre croissants feuilletés tout frais sortis du four. Miam... Un coup d'éponge sur la table, deux bols, le pot à lait et le sucrier, les couteaux, le beurre, la confiture, tout était prêt pour accueillir ma vieille amie.

Au même moment Emérence sortit de la maison en souriant et me demandait si j'avais bien dormi. Nous aimions ces petits déjeuners, rien qu'à nous deux sur la terrasse ombragée par un vieux platane. Assises sur de vieilles chaises en bois, nous refaisions le monde en dégustant nos croissants ou notre pain à la confiture. Le soleil tapait déjà dans le ciel sans nuage. Les cigales stridulaient. Les lauriers roses fleurissaient joyeusement dans leurs pots en faïences colorées. L'odeur des abricots bien mûrs toujours disposés dans une coupe au milieu de la table embaumait l'air, tout comme le parfum des bouquets de lavandes fraîchement cueillis.

Comme j'aimais cette terrasse, symbole de mes vacances d'enfant. L'endroit où est née ma vocation d'écrivain. L'endroit où je passais des heures et des heures à lire et à écrire, car aucun autre lieu au monde ne parvenait à m'inspirer comme celui-là : la terrasse du Mas des Cigales. Le sol était fait de pierres plates. Elle donnait à droite sur la cuisine, en arrière sur le garage, en face du garage se trouvait un grand pré et à gauche, un muret de pierres sèches où les lézards se prélassaient au soleil et quelques escaliers nous séparaient du verger dans lequel nous nous baladions après le petit déjeuner, pour voir si les abricotiers et les oliviers se portaient toujours aussi bien. Au milieu, sous le platane, une longue table rustique qui restait dehors hiver comme été, cernée par deux bancs et diverses chaises dépareillées et tout aussi rustiques que la table. Accrochées à la façade, trois lanternes éclairaient nos soirées, lors desquelles, comme au petit déjeuner, après nous être raconté notre journée, Emérence et moi refaisions le monde en grignotant des olives vertes à l'ail.

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