Chapitre 1

Commissariat d'Aillhaud – 2 jours plus tard.

« Oh j’ai froid, d’un froid de glace… »

L’inspecteur Max Gimenez sortit de l’ascenseur et poussa la porte de son supérieur et ami le commissaire Mercadier. Celui-ci était assis derrière son bureau en train d’examiner un dossier tout en sirotant son café du matin.

-Salut Yves. Tu m’offres un café ? J’ai des nouvelles pour toi.

Le commissaire Mercadier relèva la tête et sourit à son adjoint.

-Salut Max. Toujours aussi ponctuellement en retard ! Je suppose que tu as conduit tes enfants à l’école ? Sers-toi, le café est tout frais.

Max sourit à son tour. Il se servit un café après avoir déposé le dossier qu’il tenait en main, sur le bureau de son ami, mais son sourire n’atteignit pas ses lèvres. Ce n’était pas habituel. Les nouvelles évoquées devaient être mauvaises. Max s’assit sur le bureau et montra le dossier d’un signe de tête.

-Explique-moi ce qui se passe. Ca m’a l’air sérieux. Demanda Yves. Mauvaises nouvelles ?

-Assez oui. Tu te rappelles de Léa Deville, la mère de famille portée disparue dans la Cité des Oiseaux il y a deux jours ?

Yves sentit ses entrailles se glacer. Il connaissait Léa Deville lorsqu’elle était adolescente. Il connaissait également son frère David. Il y a une vingtaine d’années, le frère et la sœur traînaient pratiquement tous les soirs avec une bande d’adolescents dans une rue piétonne devant l’école primaire. Ils roulaient à mobylette, à vélo, à rollers ou jouaient au foot… et faisaient « Coucou » aux flics qui patrouillaient dans le quartier ! Il y a deux jours, son mari et son fils aîné étaient venus déclarer sa disparition au commissariat. Selon eux, elle était partie très tôt le matin, sans rien dire à personne. Sans laisser de mot. Elle n’avait plus reparu depuis. Sa disparition était inquiétante car elle se déplaçait difficilement suite à un accident et n’avait pas l’habitude d’effectuer de longues promenades et encore moins de ne pas prévenir son mari ou ses enfants lorsqu’elle quittait la maison. Ce qui ne lui arrivait plus très souvent depuis son accident. Et d'autant plus inquiétante que Léa était considérée comme une "mère poule" par sa famille. Imaginer qu'elle puisse quitter la maison, ne fût-ce que pour faire une course, sans emmener ses plus jeunes enfants était tout bonnement impensable. En pensant à Léa, Yves se posait des questions. Etait-ce l’accident ou autre chose, la dernière fois qu’il l’avait croisé par hasard à la poste, il avait remarqué que l’adolescente souriante à qui il devait sans cesse rappeler de mettre son casque pour rouler à mobylette lorsqu’il patrouillait dans les rues, avait fait place à une femme effacée au regard triste.

L’air sombre de son ami lui laisse présager le pire.

-Ne me dis pas que…

-Si malheureusement… Elle est morte. On a retrouvé son corps au pied d’un HLM dans le quartier des Tanneurs. D’après les premières constatations elle se serait jetée du dernier étage de l’un des immeubles. Le labo de la PJ est sur place. Le substitut devrait bientôt arriver. Et moi je t’apporte le dossier. Il contient une sorte de journal intime de la victime. Peut-être y trouvera-t-on des indications, des réponses à nos questions…

Yves soupira en ouvrant le dossier. Il était flic depuis plus de vingt ans mais n’avait jamais su se débarrasser de cette fichue sensibilité, de cette empathie envers certaines victimes.

Il revit le visage souriant de Léa adolescente lui répondant sur un ton gentiment moqueur « Allez quoi ! Soyez sympa… je viens de me faire un brushing, le casque va complètement aplatir mes cheveux ! »

Ils n’étaient pas liés. Ils ne se connaissaient que de vue. Ils ne faisaient que se sourire et se dire bonjour, mais sa mort lui fit mal. Jamais il n’aurait imaginé un tel destin pour cette jeune fille sympathique. Il secoua la tête.

-C’est moche hein ? Fit Max. Je me rappelle de Léa Deville. On fréquentait la même école primaire. Elle était une classe en-dessous. Elle était sympa… Je ne la voyais pas finir comme ça.

Tout le monde se connaissait dans le quartier. Même si on ne se parlait pas nécessairement. On savait que chacun avait des racines communes. On était tous un peu de la même famille.

-Moi non plus je n’imaginais pas ça. Répondit Yves en se mettant à feuilleter le journal de Léa pendant que son adjoint les resservit tous les deux en café.

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